Ce n’est que le 2 novembre, plus de deux semaines après le début des recherches, que l’opération a permis de recueillir le premier et unique indice. À sept kilomètres au nord-est du véhicule stationné sur la rive boueuse d’un étroit affluent sans nom, un des sauveteurs a aperçu un morceau de tissu. Il s’agissait d’un sac à dos de touriste. Les enquêteurs l’ont rapidement identifié comme appartenant à John Ball grâce au numéro de série figurant sur l’étiquette.
Le sac à dos était en piteux état, le tissu déchiré, et la plupart des poches étaient ouvertes. Pourtant, le plus surprenant était que les experts médico-légaux n’y aient trouvé aucune trace de sang. Il n’y avait aucun signe de lutte, aucune empreinte de pas, ni aucune trace d’attaque d’animal sauvage aux alentours. Le sac à dos semblait avoir été jeté de ses épaules dans un moment de panique et simplement abandonné dans la boue.
Aucun autre effet personnel, vêtement ou équipement n’a été retrouvé. Les chiens ont perdu la trace à quelques mètres seulement de l’eau. Il semblait que cinq adultes se soient volatilisés dans l’atmosphère dense de la forêt tropicale, sans laisser la moindre trace. Le 17 décembre 2010, alors que l’espoir de retrouver les touristes vivants s’était définitivement évanoui et que les ressources étaient épuisées, les recherches actives ont été officiellement interrompues.
Des dossiers épais de rapports de police furent envoyés aux archives et l’enquête fut classée sans suite. Les familles des disparus se retrouvèrent confrontées à l’inconnu douloureux, persuadées que la jungle avait englouti leurs proches à jamais. Aucune d’elles ne pouvait imaginer que la véritable horreur n’avait rien à voir avec la faune sauvage et que le pire des calvaires ne faisait que commencer, tapi dans l’obscurité assourdissante et suffocante.
Sept longues années se sont écoulées depuis ce jour funeste où le labyrinthe verdoyant de l’Amazonie a englouti cinq touristes américains sans laisser de traces. Pour leurs familles, ce temps s’est mué en une attente interminable et angoissante. Mais le monde a continué sa vie. Plus personne n’a espéré un miracle, ni même une explication rationnelle à cette tragédie.
Cependant, le 14 novembre 2017, le cours de cette affaire apparemment sans espoir a basculé. L’épicentre des événements se situait à des centaines de kilomètres du lieu de disparition initial, dans une jungle incroyablement reculée près du lit du Rio Hatapu. Ce matin-là, la police fédérale brésilienne menait une opération d’envergure et d’une brutalité extrême.
L’objectif principal du raid était un campement bien camouflé de bûcherons et d’orpailleurs illégaux. À 4 h 15 du matin, une unité tactique d’élite, profitant du brouillard épais et de l’orage tropical pour se dissimuler, commença à encercler le périmètre. L’humidité atteignait 98 % et la boue sous leurs bottes militaires se transforma instantanément en une substance collante.
Lorsque les premiers ordres de reddition retentirent dans les haut-parleurs de la police, les criminels prirent la fuite. La plupart des migrants clandestins disparurent dans l’épaisse végétation d’une fougère géante. À 5 h 40 du matin, la police avait solidement établi son campement.
Après avoir sécurisé le périmètre, le capitaine Thiago, commandant de l’unité des forces spéciales, ordonna une fouille méthodique des bâtiments en bois vétustes. Le camp se composait d’une vingtaine de baraques rudimentaires recouvertes de tôle rouillée. L’air était saturé d’une forte odeur de gazole et de sueur âcre. À 6 h 30 du matin, l’attention du capitaine fut attirée par la structure la plus fortifiée.
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